AigloScopie : Le ticket, le doute et l’environnement !
Décidemment, le football s’est érigé en une question d’honneur pour les Nations, au point de faire fi de la logique et du gain ! La Gambie n’est pas qualifiée pour le prochain tour mais, pour simplement avoir tenu en échec (1-1) le Sénégal à Dakar, les autorités de Banjul ont jubilé et décrété la journée du lundi 13 octobre chômée et payée (...).
La Gambie s’est satisfaite de la bravoure de ses athlètes qui ont non seulement fait respecter le drapeau national, mais aussi précipité le football de leurs cousins sénégalais dans une crise profonde !De même que le Sénégal, la RDC et le récent mondialiste qu’est l’Angola vont traverser le désert pendant deux longues années, et seront simplement spectateurs de la CAN (excepté l’Angola qui abrite l’évènement) et du Mondial de 2010. Des pays comme le Mali, la Guinée et le Togo ont dû attendre la dernière journée pour obtenir le visa de qualification pour le prochain et dernier tour. Figurer parmi les 20 candidats africains pour la CAN en Angola et le Mondial en Afrique du Sud vaut son pesant d’or. Et l’ironie du sort, qui fait que l’Angola n’ira pas en Afrique du Sud qui elle non plus n’ira pas en Angola, atteste bien qu’il y a un nivellement des valeurs sur le continent.
L’obtention du ticket pour le dernier tour n’est pas en soi un objectif, mais plutôt une déclaration d’intention. Le tour qui vient de s’achever était une sorte de tremplin qui devait permettre aux pays de jauger la solidité et l’état d’esprit de leurs équipes, avant l’ultime et périlleuse course-poursuite qui élira les cinq mondialistes africains. Pendant cet avant-dernier tour, des pays comme le Burkina Faso ont fait sensation et dégagé de fortes prédispositions, pendant que d’autres comme le Mali ont donné l’impression de s’essouffler et de douter.
Non sans peine, le Mali a décroché son ticket pour la dernière étape des éliminatoires combinées CAN/Mondial 2010. Et nous nous en réjouissons ! Car tout autre scénario serait inadmissible et synonyme de remords et de désagréments à tous les niveaux. Le Mali est toujours dans la course ! Et bien que nombre d’observateurs soient restés sur leur faim quant à la prestation des Aigles, il faut admettre que vivre d’espérance vaut bien mieux que l’arrêt tout court.
Nous espérons bien qu’il y aura un déclic pour que les Aigles développent de façon constante un football haut de gamme. En se penchant sur leur récent parcours, on se rend compte que les Aigles nous ont offert une évolution en dents de scie, telle que illustrée dans le tableau ci-dessous :
Matches | Niveaux des Aigles | Observations | ||
Bon | Moyen | Décevant | ||
| Mali – Congo | X | Bon collectif, victoire méritée | ||
| Tchad – Mali | X | Victoire due à une individualité (Kanouté) | ||
| Soudan – Mali | X | Mauvais collectif (fatigue ?), défaite méritée | ||
| Mali – Soudan | X | Bon collectif, victoire méritée | ||
| Congo – Mali | X | 2 visages : 1ère MT (bon) – 2ème MT (mauvais) | ||
| Mali – Tchad | X | Victoire due à une individualité (Sidi Yaya) | ||
6 matches : 4 victoires, 2 défaites / 12 points sur 18 possibles / 13 buts marqués, 8 encaissés | ||||
En nous référant au tableau, nous constatons que les six prestations des Aigles sont réparties de manière équitable sur les trois niveaux d’appréciation, et surtout que les deux dernières sorties sont loin d’apporter la sérénité dans l’esprit de l’opinion sportive. La physionomie du dernier match contre le Tchad, bien que joué à Bamako, semblait être le prolongement de la deuxième mi-temps de la rencontre de Brazzaville.
Au-delà des chiffres et des rangs, nous pensons que la force d’une équipe de football réside prioritairement dans son collectif (coordination entre les lignes : déplacements et replacements), ce dont nous avons été gratifiés sur deux matches : Mali-Congo et Mali-Soudan au Stade du 26 Mars. Les matches perdus à Khartoum et Brazzaville résultent de la défaillance du collectif, et ceux gagnés contre le Tchad en aller et retour sont plus dus à l’opportunisme de deux individualités.
Dans notre entendement, tant qu’une équipe avance en comptant sur ses individualités, cette avancée restera toujours aléatoire et éphémère. Nous avons tendance à trop compter sur nos individualités alors que ceux-ci se fondent dans un collectif fort dans leurs clubs respectifs. Si ce contexte de collectif n’est pas reproduit en équipe nationale, il y a fortes chances que nos stars ratent leur match ou que leurs efforts soient vains. Contre le Tchad à Bamako, Momo Sissoko a fait un gros travail physique au milieu du terrain, mais qui passe inaperçu quand ses coéquipiers ne sont pas au diapason et n’assurent pas convenablement le relais.
Concernant le parcours des Aigles, jusqu’à la quatrième journée (et ce malgré la défaite de Khartoum), et même jusqu’à la première mi-temps du cinquième match à Brazzaville, on a senti une bonne tenue de l’équipe qui imposait son rythme à l’adversaire. Et puis après, quelque chose s’est cassé…, et véritablement, il faut être dans les secrets des vestiaires pour comprendre. En vérité, toute tentative d’analyse venant de l’extérieur tient plus de la subjectivité et des états d’âmes que d’une volonté d’arranger les choses…
Les matches du dernier tour des éliminatoires seront d’un cran plus relevés que ceux du tour précédent, et ce sont les équipes bénéficiant de toutes les conditions qui triompheront. On se rappelle bien que, dès sa première conférence de presse, Keshi avait signifié aux journalistes ce qui suit : « Vous êtes le 12ème homme. Votre apport est indispensable aux Aigles. Si division il doit y avoir, c’est vous qui allez la créer. Si ça doit marcher, ce sera également avec vous. Vous avez donc un grand rôle à jouer ».
Eh bien, depuis le match de Brazzaville, il nous a malheureusement été donné de constater que le torchon brûle entre le coach et une partie de la presse sportive. Cela est parti d’une série de critiques acerbes et dégradantes mises en avant par certains médias, et la réplique inopportune de Keshi n’a pas arrangé les choses. Et le seul perdant dans ce grand tintamarre de casseroles, c’est le Mali…
Keshi s’est laissé piéger par la faute et la négligence de son entourage. Ce dernier se devait de le prévenir qu’au Mali, il y a de très bons journalistes, et aussi de très mauvais journalistes. En effet, dans la presse écrite comme parlée, certaines analyses se confondent à de véritables procès ou incitations à la désapprobation. Et surtout que, concernant la presse parlée, la majorité de l’audience est constituée par un public passionné de football, mais qui n’a pas forcement une bonne lecture des schémas tactiques, donc bernable à souhait en cas de déconvenues. Keshi étant un étranger, la responsabilité d’intégrer ce paramètre incombait à son entourage autochtone.
En bon psychologue, et surtout que sa première conférence de presse atteste qu’il avait conscience de cette menace, Keshi se devait de rester au-delà de la mêlée et éviter d’aller à tout clash qui peut se répercuter sur son groupe. Dans tous les cas, les maladresses et les attaques qui lui sont faites ne sont pas recommandables dans la forme. Mais dans le fond, peut-on les empêcher ? Le football étant une « chose publique », chacun ira de son commentaire de passionné et pseudo connaisseur. Au-delà de la personne d’un entraîneur, c’est la problématique de l’étique et de la déontologie de la presse qu’il faut revisiter !
Ce qui est fondamental et évident, c’est que ni Keshi, ni les journalistes ne cracheront sur une courbe ascendante et le triomphe de l’équipe de Mali. Les critiques, bonnes ou mauvaises, sont aussi le signal d’une certaine insatisfaction née de la contre-performance de l’équipe. En toute logique, il est plus simple pour Keshi de redresser la barre à son niveau, plutôt que de s’attendre à un changement du caractère hétérogène et disparate de la presse sportive. Pour mettre tout le monde d’accord, il suffit de produire des résultats avec la manière, et Keshi verra que ses ennemis d’hier deviendront ses plus fidèles amis …
Les épisodes du Tchad et du Soudan, en lever de rideau, sont passés. Et maintenant, place au jeu ! Le Mali héritera dans son groupe l’un des ténors africains (Egypte, Côte d’Ivoire, Nigeria, Ghana ou Cameroun) auquel s’ajoutera une autre grosse pointure. Et là, ce sont les équipes au gros potentiel, et ne souffrant d’aucune pollution environnementale qui traceront la voie, et les autres suivront … A bonne entendeur !
Par Bounas DICKO



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